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Porsche - Pionniers. Arne Quinze et la Panamera Sport Turismo

Pionniers. Arne Quinze et la Panamera Sport Turismo

photography Dave Bruel ©

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Arne Quinze – Artiste pionnier ?

AQ : « Je suis en recherche permanente, j’éprouve une grande curiosité envers tout ce qui m’entoure et envers moi-même. Mais malgré mes nombreuses expériences, il y aussi énormément de choses que je ne veux plus faire. À quatorze ans, je me suis retrouvé dans la rue, puis j’ai vécu avec une bande de motards rebelles. C’était une période fantastique, car je pouvais faire ce que je voulais. Pendant plusieurs années, j’ai testé toutes les drogues possibles jusqu’à m’effondrer. Non pas que je sois de nature autodestructrice. Au contraire, c’est parce que j’étais un grand optimiste qui comprenait la beauté de la vie que j’ai pu faire toutes ces expériences. Mais après quatre à cinq ans de consommation intensive, la coupe était pleine. Les drogues ne font que vous détruire et vous déconnecter du monde réel, ce que je ne voulais absolument pas. »

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L’art est avant tout inscrit dans l’ADN.

AQ : « À vrai dire, je n’ai pas choisi d’être artiste. On a beau suivre des cours et apprendre des techniques, je pense que l’art est avant tout inscrit dans l’ADN. Indépendamment de cela, il y a une foule d’obstacles au fait de devenir un artiste qui peut réaliser ses rêves, faire ce qu’il veut et en vivre. Si vous vous faites remarquer par une galerie ou un mécène, vous êtes promis à la gloire. Cela peut être positif, mais la médaille a ses revers. Il y a des tas d’exemples d’artistes qui atteignent très rapidement les sommets, mais retombent de leur piédestal aussi vite. Chez moi, ce processus a été très lent. Et c’est justement cette lenteur qui m’a permis de tenter beaucoup d’expériences, mais aussi de faire fausse route. »

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Je n’accepte pas l’échec et la volonté de faire toujours mieux est inébranlable.

AQ : « L’honnêteté, la confiance, mais aussi l’audace. En tant qu’artiste, il faut faire preuve d’audace, car on est toujours mis à nu. C’est l’essence même de notre travail. C’est un lâcher-prise public sur lequel l’artiste est jugé, soit adulé soit dénigré, sans que l’on puisse y changer quelque chose. Vous êtes en permanence confronté à vous-même. Cette confrontation ne s’arrête jamais, elle ne laisse pas l’artiste de marbre. Je me souviens des problèmes que nous avons rencontrés avec notre œuvre “The Passenger” à Mons. Le soir de Noël 2015, une partie de la construction s’est effondrée à cause d’une collision avec une voiture, ce que nous avons appris plus tard. Au moment où cela s’est produit, j’ai été dénigré par tout le monde et ça m’a beaucoup touché. Mais mon vrai caractère a repris le dessus. Bien que je sois un grand optimiste, je peux aussi me laisser abattre. Je n’accepte pas l’échec et la volonté de faire toujours mieux est inébranlable. C’est la raison pour laquelle nous avons détruit et reconstruit “The Passenger” à Mons, à nos frais. C’est facile de récolter les lauriers quand tout se passe bien, mais il faut aussi assumer en cas de problème. À l’heure actuelle, je suis content d’avoir connu un cas comme à Mons, car notre entreprise en est sortie grandie. Dans ces moments-là, on pense à toutes les grandes réalisations que l’on a mises sur pied dans le monde et qui sont heureusement restées intactes. J’accorde aussi une grande importance à ma famille et à mes amis. Sans eux, la vie n’aurait pas beaucoup de sens. On peut parler pendant des heures de la vie et de l’art, surtout avec mon galeriste DENK à Los Angeles. Pour moi, ce sont les plaisirs de la vie. J’aime les choses simples. Plus certaines personnes gravissent les échelons, plus elles deviennent simples, et c’est aussi mon cas. Plus on en voit, plus on relativise. »

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L’art est l’une des pierres angulaires de notre éducation qui élargit nos horizons et nous fait accepter la différence.

AQ : « Dans mon travail, je me bats pour deux choses : rendre l’art moins élitiste, car l’art est actuellement réservé à moins d’un pour cent de la population. C’est d’autant plus regrettable que l’art est l’une des pierres angulaires de notre éducation, qui élargit nos horizons et nous fait accepter la différence. L’art nous permet d’entreprendre une sorte de dialogue qui enrichit l’esprit. J’espère que mes installations urbaines pourront rassembler des gens, car sans dialogue, il n’y a pas de contact, et sans contact, il n’y a pas de vie. Je cherche également à amener la nature en ville. J’adore la nature. J’ai certes besoin des villes, mais dans l’âme, j’ai surtout besoin de la nature. Sans la nature, je manque d’air. Nos villes sont d’une grande monotonie, alors que quand on voit la diversité de la nature, ses couleurs, sa beauté et son harmonie, c’est la plus belle chose que nous ayons. Or, on dirait qu’on cherche à ôter toute qualité aux villes où s’entassent autant de personnes. On cherche à les rendre très sobres et monotones. Pourtant, la nature haute en couleur fonctionne cent fois mieux que nos villes, mais nous n’en tirons pas les enseignements et nous faisons tout pour détruire cette nature. Les enfants qui grandissent aujourd’hui en ville ne savent plus ce que sont les fleurs sauvages, ils ne connaissent plus les insectes et ne distinguent plus les saisons. Si nous associons ces deux éléments – la diversité, la beauté et les couleurs de la nature à la culture – la ville sera plus belle. Nous serons fiers de notre ville et nous serons plus heureux. Nous discuterons ensemble, la criminalité reculera et nous voudrons entretenir notre ville parce que nous nous sentirons liés à nos concitoyens. C’est tellement important dans l’existence de l’homme et des villes. Je pense que je suis sur terre pour y jouer un rôle. En tout cas, c’est un choix que j’ai fait en tant qu’artiste. Il ne faut pas nécessairement que tout le monde approuve mes choix. Cela ne m’intéresse pas. En effet, en tant qu’artiste, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais j’essaie toutefois de faire quelque chose de concret avec mon travail, d’initier un mouvement. »

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C’est là que réside la beauté d’un artiste : il ne meurt jamais.

AQ : « Mes grands modèles vont de mon père à Richard Branson, en passant par James Hunt… Je suis particulièrement fasciné par la profondeur et la structure des œuvres de l’Allemand Anselm Kiefer. J’apprécie davantage l’Américain Cy Twombly pour son approche directe. Et puis, il y a des noms tels que Picasso, Miro, Calder, Dubuffet, Frank Stella, qui sont incontournables. Monet m’a beaucoup influencé. Les œuvres de Monet vous font voyager, elles vous emportent, vous prennent pour vous emmener dans un autre monde. Ensuite, quand on voit ce que fait un réalisateur comme James Cameron... Les recherches qui ont précédé un film comme “Titanic”, les appareils qui ont été créés pour mener ces recherches et tourner le film. Cameron et des artistes tels que Monet ont créé des choses qui font rêver d’autres personnes. Et nous en avons besoin. Nous avons besoin de symboles dans notre vie. Nous avons besoin de la tour Eiffel. La tour Eiffel symbolise Paris. Sans ces symboles, nous ne pourrions pas nous distinguer. Parmi les artistes belges encore en vie, j’admire beaucoup Jan Fabre : il est pour moi l’un des derniers grands maîtres flamands vivants, dans la lignée de Rubens. C’est un homme qui écrit l’histoire. Je pense aussi à son théâtre et à Mount Olympus, son spectacle de 24 heures. C’est là que réside la beauté d’un artiste : il ne meurt jamais. »

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Mes voyages sont ma plus grande richesse.

AQ : « Mes voyages sont ma plus grande richesse, je n’ai besoin de rien d’autre. Mes ressources sont en moi. Si demain un incendie détruit ma maison, je retournerai habiter dans une boîte comme au temps de mon adolescence. Mais, aujourd’hui, ce serait une très belle boîte, ça, je vous l’assure. Partir à l’aventure est inscrit dans nos gènes. Seulement, certains le ressentent un peu plus que d’autres. Cette vie aventureuse, cette liberté, cette possibilité de partir et disparaître, j’en ai véritablement besoin. Si je reste toute une semaine au même endroit, je deviens très désagréable, sauf si j’ai énormément de travail. Je suis très calme, mais en même temps très agité. L’explorateur insatiable en moi doit être constamment alimenté. J’ai déjà visité tellement de tribus et cultures différentes, y compris des bidonvilles au Bangladesh, en Inde, en Angola, au Nigéria et au Brésil. Cela transforme une personne humaine. Les circonstances dans lesquelles vivent ces gens, le danger, la saleté… nous sommes incapables de le concevoir. La façon de se loger des populations est devenue une composante importante de mon travail. J’ai également mené une énorme étude sur tous les types de maisons sur pilotis, qui sont actuellement le sujet central de mes « Stilt houses » (installations sur le thème de l’habitat sur pilotis, N.D.L.R.), comme le justifie la « montée des eaux ». L’élévation du niveau de la mer est un sujet qui me préoccupe beaucoup. C’est que j’ai moi-même cinq enfants et il faut savoir que depuis ma naissance, en 1971, nous avons, nous en tant qu’espèce humaine, détruit trente pour cent de la faune et de la flore du monde. C’est gigantesque ! Des plantes et des animaux que nous avons irréversiblement exterminés, nous devons mettre fin à cela. J’essaie quant à moi d’apporter ma petite pierre dans ce combat. J’ai planté trois mille plantes pérennes dans le but de rétablir les populations d’abeilles et de papillons sur un terrain de deux mille mètres carrés situé ici près de ma maison à Laethem-Saint-Martin. Je veux montrer l’exemple dans ce domaine. Il n’est absolument pas nécessaire d’avoir dans nos quartiers résidentiels du gazon coupé au millimètre près comme sur un terrain de golf. Cette habitude cause trop de dégâts dans la nature. »

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Le simple fait de vivre aujourd’hui en tant qu’artiste vous rend contemporain.

AQ : « Je pense que nous vivons avant tout à une époque en pleine mutation. Quel que soit l’objet de votre recherche, quelle que soit votre source d’inspiration, quelle que soit l’approche que vous utilisez, quelle que soit la nature de vos créations... le simple fait de vivre aujourd’hui en tant qu’artiste vous rend contemporain. Même un artiste comme Thomas Hauseko a repris et transformé des artistes de tendance classique d’une façon incroyablement innovante. Cela fait-il de lui un artiste classique ? Non, c’est un innovateur. Tout ce que vous pouvez voir ici dans mon atelier est également innovant. Les constructions que nous créons, je ne les ai jamais vues autre part. L’un pourra s’y retrouver, mais l'autre, non. Peut-être qu’une certaine sculpture vous fait penser à quelque chose, mais j’essaie toujours le plus possible de suivre ma propre inspiration et de développer ma propre identité. »

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Mon art est mon hobby.

AQ : « Mon art est mon hobby. D’une part, il me bouscule, mais d’autre part il me détend aussi. Par ailleurs, je pratique la marche à pied et, de toute façon, la construction de mes sculptures est déjà un sport en soi. J’essaie de vivre le plus sainement possible, par exemple en mangeant beaucoup de légumes. Sans quoi ma vie intense serait trop harassante. Mes ateliers sont assez éparpillés, ce qui m’oblige à prendre l’avion environ une fois par semaine. Je parcours en avion 700 000 milles par an. Heureusement, je n’ai pas besoin de dormir beaucoup. Certaines nuits, je ne dors que 3 ou 4 heures et je dors en moyenne peut-être 5 heures, et certainement jamais plus de 6. »

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Nous n’en sommes qu’au début de ce que nous voulons réellement réaliser.

AQ : « Si je me compare avec ce que fait Frank Gehry ou avec ce qu’a réalisé Auguste Eiffel avec la tour Eiffel, j’ai l’impression d’être un tout petit garçon. Je crois que nous n’en sommes qu’au début de ce que nous voulons réellement réaliser. Jusqu’à présent, nous avons juste effectué les préparatifs pour pouvoir progressivement et véritablement nous engager sur notre chemin. Travailler encore plus finement, avec des techniques et des matériaux encore meilleurs. Nous voulons accomplir des choses grandioses, et je ne parle pas de la taille des créations, mais plutôt de la brutalité de la tôle d’acier avec de l’aluminium fraisé à grande échelle, qui doivent à l’avenir rendre nos ouvrages vraiment uniques. Cela fait déjà quelques années que nous étudions ces procédés et aujourd’hui nous sommes enfin prêts à les mettre en œuvre. »