Le Mans Classic, 60 années de souvenirs intenses
Pour fêter ses 60 ans en France, Porsche a choisi Le Mans Classic, la rétrospective des 24 Heures du Mans. Cet anniversaire de la marque coïncide avec le 45ème anniversaire de la 911 et du 10ème anniversaire de la dernière victoire aux 24 Heures du Mans, celle de la Porsche 911 GT1 Coupé en 1998.
Au programme, près de 1000 voitures et équipages rassemblés par les clubs, l'apparition de la 997 Génération II, une sélection des voitures de la collection du musée de Zuffenhausen et la présence de Gérard Larrousse, René Metge et Stéphane Ortelli. Le tout devant plus de 80 000 spectateurs.
Circuit des 24 Heures du Mans, vendredi 11 juillet, 18 heures. Les équipes de Porsche France procèdent aux derniers réglages de la structure qui va accueillir les 2000 invités de la marque au cours du week-end. Nous sommes dans la dernière ligne droite avant le démarrage du spectacle attendu pour le lendemain matin. Près d'une trentaine de membres de clubs sont venus pour prêter main-forte pour accueillir, dès le samedi, le millier de Porsche venues de France mais aussi des quatre coins de l'Europe, d'Australie et même de Nouvelle-Zélande. Soigneusement triées par modèle et par année, ces 1000 voitures de la marque permettaient aux spectateurs de s'immerger dans l'histoire de la marque au fil des modèles, depuis la 356 pré A jusqu'aux 997 Générations II amenées pour l'occasion par Porsche France. Pour compléter l'exposition, quatre voitures avaient fait le déplacement depuis les collections du musée : la 356-1100 coupé aluminium sur laquelle Auguste Veuillet et Edmond Mouche ont remporté leur classe en 1951, la 356 166 GTL Abarth Coupé qui signa sa première participation en remportant sa catégorie en 1960, la 962C qui remporta 3 fois l'épreuve mancelle (6 fois si l'on ajoute les victoires de la version 956) et la 911 GT1 victorieuse au général en 1998.
C'est dans une ambiance à la fois décontractée et passionnée que tous ont pu profiter de l'inoubliable défilé en pré grille de plus de 400 voitures de compétition d'un modèle construit entre 1923 et 1979 et ayant participé à la classique mancelle. Le tout, aux pieds de la structure apportée par Porsche France, ce qui a permis aux porchistes d'être les spectateurs les plus privilégiés de ce week-end quitte à ce que le spectacle les fasse abréger leur déjeuner. Entre deux courses, le show se déroulait aussi dans les paddocks ou tous pouvaient admirer les voitures engagées ou rencontrer les pilotes de ces bolides, pour une simple rencontre ou une dédicace.
" Séance de dédicaces : un plaisir sans nom pour tous les passionnés "
" Du premier au dernier vainqueurs Porsche aux 24 Heures du mans, quatre véhicules historiques d'exception ont fait le déplacement du musée Porsche "
Il a beau être un habitué du circuit sarthois, c'est avec émotion que Stéphane Ortelli, qui pilotait la 911 GT1 victorieuse en 1998 avec Laurent Aiello et Allan McNish, retrouvait "sa" voiture. Il y a 10 ans, l'arrivée de la GT1 aux 24 Heures du Mans portait tous les espoirs de Porsche dans l'épreuve et il s'était vu confier le volant d'une des deux voitures engagées dans la Sarthe. Une consécration pour cet éternel amoureux de la marque. "Nous étions loin d'être l'équipage favori au départ de l'épreuve" se rappelle-t-il. "Laurent Aiello avait été recruté "sur le tard" au sein de l'équipe, nous étions les plus jeunes et la voiture n'était pas la plus rapide aux essais. Et puis il y avait la concurrence qui s'annonçait redoutable". En effet, si Allan McNish s'est montré le "plus vite" aux pré qualifications avec la GT1 qui porte le numéro 26, les deux équipages Porsche ont dû rapidement s'avouer moins rapides que les autres. Mais l'adage est bien connu, pour terminer premier, il convient avant tout d'être régulier. Lorsque le départ est donné le samedi 6 juin, les adversaires de la "26" prennent l'avantage mais son équipage reste en embuscade. C'est à la 23e heure de course qu'Allan McNish prend la tête de la course avec la "26", suivi de l'autre équipage qui court sur la deuxième 911 GT1. Stéphane n'a alors plus de relais à effectuer, et le temps paraît bien long dans les stands. "Nous nous rongions les sangs car en course, tout peut arriver. Il s'agit sans doute de l'heure la plus longue de ma vie. D'autant que nous souhaitions vraiment apporter cette victoire à la marque pour fêter ses 50 ans". La première place est finalement à la clef, l'autre GT1 de Bob Wolleck - Uwe Alzen - Jorg Mueller terminant en deuxième position. Lorsqu'il revient sur cette épopée, Stéphane ne peut manquer de parler de son amour pour "sa" voiture. "La GT1 reste pour moi un pur moment de plaisir en termes de pilotage et avec 10 ans de recul, je mesure le bonheur que j'ai eu à la piloter. Elle était, et elle reste magnifique, une automobile tout en rondeurs tandis que ses concurrentes étaient taillées à coup de scalpel". Une histoire d'amour avec Porsche qui se poursuit en 2003 lorsqu'il remporte les 24 Heures de Spa au volant de la GT3 du Team Freisinger, ce qu'il considère comme sa plus belle course pour la marque. "Nous avons couru "à l'économie" pour compenser notre manque de puissance. Sur les conseils de Norbert Singer, notre team manager, je suis même allé jusqu'à couper les phares ou le moteur pour économiser de l'essence quand nous étions "sous safety car" pendant la course. Aidés par la pluie (mais aussi par une bonne dose de talent - ndlr) et en minimisant les arrêts aux stands, la voiture que je partageais alors avec Marc Lieb et Romain Dumas a fini par s'imposer au classement général". Contre toute attente, mais avec panache.
Bienvenue à bord
"Ces performances", poursuit Stéphane, "ne sont possibles qu'en raison de l'extraordinaire symbiose que je ressens à chaque fois que je suis dans une Porsche. Lorsque je suis monté samedi soir pour la première fois à bord de la 997 Génération II pour effectuer un tour de circuit, tout tombait une fois de plus idéalement sous la main, la position de conduite était parfaite, le bonheur pour rouler des heures". Des sensations ressenties également par René Metge au cours de ce week-end. Le "Renard du Désert" qui a connu l'endurance aussi bien en rallye-raid qu'au cours des 24 Heures du Mans ne tarit d'ailleurs pas d'éloge sur la nouvelle 911. "Ce qui est fabuleux avec cette nouvelle génération, c'est qu'elle a presque l'air identique, alors que c'est une fois de plus une voiture totalement nouvelle. Et je me suis tout de suite senti à l'aise à son bord, comme lorsque j'ai pour la première fois participé aux essais du Paris-Dakar 1984. Appelé par Jacky Ickx pour intégrer l'équipe qui devait participer à l'épreuve, lorsque je me suis assis pour la première fois dans la voiture, je n'ai rien trouvé à redire. Du coup, j'étais bien embêté lorsqu'il a fallu faire mes commentaires à l'équipe d'ingénieurs et de mécaniciens qui m'accompagnaient et qui attendaient mes critiques. J'avais une voiture que je trouvais parfaite, mais il fallait que je lui trouve des défauts ! En me creusant la tête j'ai fini par leur suggérer quelques modifications mineures pour "leur faire plaisir", comme assouplir l'embrayage par exemple". Des ajustements qui lui permettront de remporter l'épreuve en 1984 sur cette 911 SC dotée d'une transmission intégrale et de s'y imposer en 1986 avec la 959. Quelques mois plus tard, René Metge retrouve une 959/961 engagée en catégorie IMSA GTX au 24 Heures du Mans. C'est la première voiture à traction intégrale inscrite dans l'épreuve et René Metge (associé à Claude Ballot-Léna) termine à la 7e place au général en remportant sa classe. "Dans sa livrée gris métal, vierge de toute publicité, elle était magnifique" se souvient le pilote. "Son comportement était très sain et une fois de plus je me sentais "chez moi" à son volant. À la fin des essais, Roland Kussmaul m'a demandé de combien je pouvais améliorer mon temps et je lui ai répondu entre 3 et 4 secondes. Il m'a alors dit qu'il allait me mettre un train de pneumatiques "qualification" et que j'allais gagner 12 secondes. J'ai fait, avec ces nouvelles gommes, un tour d'échauffement puis un tour rapide et j'ai effectivement gagné les 12 secondes annoncées car les ingénieurs de Porsche tiennent toujours leurs promesses. J'avais une totale confiance dans la voiture, ce qui est indispensable pour courir. Heureusement, car Claude Ballot-Léna avait une sciatique et il ne pouvait pas piloter longtemps. J'ai du coup enchaîné les relais et si j'ai perdu 9 kilos en 24 heures, nous avons remporté notre catégorie. Si je n'avais pas eu une confiance totale dans la voiture, je n'aurais pas tenu le coup et nous aurions abandonné". Une confiance qu'a toujours partagée Gérard Larousse avec ses équipes. Il nous raconte ses aventures au Mans avec Porsche.
Du rallye à la piste
"Mes relations avec la marque ont commencé en rallye, au Monte-Carlo 1968 et m'ont rapidement emmené vers les courses en circuit, ce dont je rêvais. Lorsque je suis allé chercher ma première voiture "usine" en 1969, j'ai été surpris par le confort qu'elle apportait par rapport aux voitures que j'avais pilotées auparavant, alors que j'étais "très vite". Au cours de l'année, je suis passé sur 908-2 à la Targa Florio et j'ai découvert une nouvelle ambiance par rapport à ce que je connaissais. C'était une équipe internationale, avec une excellente ambiance et une forte présence de Ferry Porsche et de Ferdinand Piëch que j'ai découvert en train d'apporter les dernières retouches de peinture avant le départ de la course". Quelques mois plus tard, pour sa troisième participation aux 24 Heures du Mans, il est associé au vétéran Hans Hermann sur une 908. "J'étais très intimidé de me retrouver avec une telle légende vivante qui avait tout remporté, ou presque. La communication n'était pas facile, ne parlant pas l'allemand et Hans ne pratiquant qu'un anglais approximatif, mais la symbiose de l'équipe Porsche a une fois de plus fait des miracles car notre entente a été parfaite. Nous avions la moins performante des voitures de l'équipe Porsche, mais à la faveur des hasards de la course nous nous sommes retrouvés en tête le dimanche matin". La victoire échappe pourtant à l'équipage, coiffé sur le poteau par un Jacky Ickx survolté. Gérard finira aussi 2e de l'édition 1970, associé cette fois à Willy Kaushen sur la 917 "longue queue" du Martini Racing. L'année suivante, il rempile avec son ami Vic Elford et, s'il doit abandonner dans la 9e heure de course, il garde toutefois un souvenir inoubliable de cette édition. "Nous étions les plus rapides en ligne droite avec une vitesse de pointe de 380 km/h et une tenue de route extraordinaire qui nous permettait de négocier la courbe des Hunaudières et le "S" avant Maison-Blanche le pied au plancher. À cette vitesse, la piste devient tout à coup très étroite!" s'amuse encore le pilote. Mais sa plus belle victoire reste pour lui celle aux 1000 Kilomètres du Nürburgring 1971 avec Vic Elford sur 908-3. "Nous avions sans doute la meilleure 908 jamais produite et n'avons pas commis une seule erreur. Une course parfaite en résumé". Parfaite comme ce week-end au Mans Classic au cours duquel Jürgen Barth signait à nouveau dans la Sarthe une magnifique première place à bord de sa Porsche 936 dans le plateau 6, une voiture qui l'avait conduit à la victoire au Mans en 1977. Un magnifique cadeau pour Porsche qui fêtait ses 60 ans sur le circuit où les équipes de Zuffenhausen et Weissach ont remporté 16 victoires au général et marqué leur retour cette année en remportant la catégorie LMP2. Bon sang ne saurait mentir.
8/6/2008